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 Sweet memories : a loyal friend for a sad girl. [solo]

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MessageSujet: Sweet memories : a loyal friend for a sad girl. [solo]   Mer 30 Sep - 12:24

En retrait, dans un coin peu fréquenté de la bibliothèque, tu t'étais assoupie pendant que tu lisais un vieil ouvrage parlant des plantes médicinales de la région. Ce fut peu après ton tout premier cours et, le fait d'avoir pensé à ton fidèle ami Aleksander tira sur les fils de ta mémoire. Une chose en amena une autre, t'apportant des souvenirs de toutes sortes, mais, pour la plupart, ils étaient tous aussi désagréables les uns que les autres.

Tu avais l'impression d'oublier quelque chose...
Ou quelqu'un, plutôt. Quelqu'un qui te fut très précieux, autrefois.

*** Flashback ***

Pauvre rossignol, tu étais trop jeune pour t'en souvenir clairement mais, il fut un temps où pas tout le monde te craignait ou te détestait dans le manoir. Tes souvenirs sont flous mais, de temps-là, ton mentor et père adoptif était relativement attentif à toi puisque sa compagnie ne marchait pas très bien. Il passait ses journées à errer dans le manoir, cherchant vainement l'inspiration afin de pouvoir composer à nouveau. Par ailleurs, il attendait aussi le jour que tu saurais parler car tu avais beaucoup de retard, concernant ce point, dû à un blocage psychologique. Néanmoins, tu étais beaucoup intelligente que les enfants de ton âge : tu avais appris à lire à un peux plus de deux ans et tu avais commencé à écrire compréhensiblement aux trois ans. Mais il n'y avait qu'une seule chose qui te plaisait : l'Art. Tu dessinais, tu adorais ça.

Même si ton père passait beaucoup de temps à la maison, il n'en avait que peu à t'accorder. Toutefois, il y avait quelqu'un d'autre qui veillait sur toi : Solace A. Sammet, ta nourrice ainsi que la sœur aînée du lieutenant Laurent T. Sammet ; à l'époque, il ignorait tout de toi et n'était qu'un soldat parmi tant d'autres venant de s’enrôler dans l'armée. Solace était une bonne personne, toujours attentive et soigneuse à ton égard. Elle avait l'habitude de te courir après dans les couloirs pour fermer les rideaux. Elle fut la première à savoir que la lumière te blessait mais on n'avait pas encore sombré l'aile où tu habitais. Ce ne sera que plusieurs années plus tard qu'on le fera – après que tu en sois sévèrement touchée. Tu mangeais toujours avec elle, elle t'habillait et te confectionnait des vêtements du style que ton mentor recherchait, elle te coiffait et t'apprenait tout ce qu'elle était en mesure de t'apprendre. Elle te donna quelques leçons de couture, par exemple, puisque tu voulais être styliste, quand tu étais enfant : tu voulais faire des propres habits.

Ton père était ruiné et ne pouvait pas payer tout le personnel, c'est pourquoi il vira pas mal d'employés. Certains restaient par loyauté à la famille, puisqu'ils y travaillaient depuis plusieurs générations. D'autres partirent d'eux-mêmes au fur et à mesure que le temps s'écoulait. Solace était différente : elle venait de son propre gré et restait avec toi parce qu'elle te considérait comme son enfant. Elle avait divorcé parce qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfants et n'avait nulle part où aller, c'est pourquoi ton mentor lui permettait de rester au manoir ; elle ne souhaitait qu'être avec toi et avoir de la nourriture ainsi qu'un lit où dormir lui suffisaient, largement. Mais, il semblerait que la Vie ait voulu t'arracher tout ce qui t'est cher, depuis... Rien ni personne ne demeurait longtemps avec toi, et, encore moins, s'ils étaient heureux et qu'ils te permettaient de goûter au bonheur, à toi aussi.

Ainsi, le 12 Septembre 1893, ta nourrice cessa d'être.
Si tu n'as que peu de souvenirs de cette période de ta vie, tu te rappelleras toujours de son enterrement. Il pleuvait depuis plusieurs jours. Ses parents étaient morts peu après la guerre et sa tante ne voulait rien savoir d'elle puisqu'elle avait divorcé. C'était très mal vu à l'époque. Son cadet était en Guinée équatoriale et n'avait eu vent de son décès que plusieurs mois plus tard. Ton père avait donc décidé de l'enterrer dans le cimetière de votre famille en honneur au service qu'elle vous avait porté et à sa bonté : il l'admettait, il l'appréciait beaucoup et avait confiance en elle. On ne te força point à rester pendant que la terre engloutissait son cercueil. Tu étais partie dans un coin du jardin où tu avais l'habitude de t'asseoir avec elle à lire et à faire des couronnes de fleurs.

********************************************************

En Juillet 1893, on diagnostiqua un cancer d'utérus à ta nourrice : il était trop tard, la maladie avait trop avancé et avait contaminé ses ovaires ainsi qu'une partie de ses intestins. Tu ressentais qu'elle n'allait pas bien mais tu ignorais l'origine de ses maux. Tu la savais malade, seulement. Tu savais qu'elle et restait avec toi autant qu'il lui était possible. Lorsqu'elle fut incapable de se lever du lit, c'était toi qui allais lui rendre visite dans sa chambre, qui lui apportais les plateaux repas quand tu pouvais, tu lui faisais des dessins et essayais de parler pour lui dire de prendre soin d'elle, de se reposer et de se détendre mais seulement quelques sons aléatoires sortaient, faibles et confus. Tu pleurais comme une madeleine quand tu ressentais sa douleur et qu'elle se forçait à faire bonne mine, devant toi. Cependant et jusqu'au dernier jour, Solace fut tendre et souriante.

Ma petite Alice... souffla-t-elle un soir, alors que l'orage grondait. Promets-moi que, quoi qu'il arrive, tu souriras et tu resteras telle que tu es. Tu ne dois pas en vouloir ton père, c'est un homme triste et dont la solitude a gelé son cœur. te dit-elle, caressant ta tête, doucement.

Tu n'arrivais pas à arrêter de pleurer, tu étais petite et tu ne comprenais pas vraiment ce qu'on te demandait ni pourquoi et le véritable sens de ces mots t'échappa complètement - et ce, jusqu'à il y a peu de temps. Tu savais que ton père ne t'aimait pas autant que certains le disaient... Et, si c'était le cas, il était trop maladroit et fier pour le démontrer. Il ne t'avait jamais fait de cadeaux, il ne te donnait que ce qu'il jugeait nécessaire et indispensable. Parfois, certains invités t'offraient des livres, des peintures et du matériel pour dessiner ou bien, des plantes, puisque c'étaient tes seuls centres d'intérêt. Ton père refusait qu'on te donne des jouets, tu pouvais t'en passer – selon lui. Il était très strict et d'une austérité considérable.

Promets-le moi, Alice. insista-t-elle, t'obligeant à la regarder dans les yeux. Difficilement, tu as étouffé tes sanglots et hoché la tête : tu voulais être comme elle, tu voulais devenir aussi aimante et forte qu'elle. Merci, mon ange. Tu sais ? Là où je vais, il y aura un grand jardin plein de fleurs et d'animaux. Ça sera un endroit calme où personne ne souffre, où tout le monde est bon. Tout ira bien, Alice. continua-t-elle, embrassant ton front tout en te serrant contre elle. On se reverra, un jour. Maintenant, tu dois être forte et sage.

********************************************************
Ces mots...
Ils résonnaient toujours dans ton esprit. Assise sous ce vieil orme aux branches distordues, tu regardais les épais nuages qui couvraient la voûte céleste. L'orage grondait et des grosses gouttes venaient s'échouer sur ton visage, se mêlant à tes larmes. Pourtant, tu t'efforçais de garder un léger sourire sur tes lèvres : tu le lui avais promis. Tu étais trempée et le zéphyr ne manquait point de souffler, te faisant éternuer. Tu ignores combien de temps tu as passé-là, immobile, regardant dans le vide. Tu n'avais pas vu que les rares personnes qui étaient venues à l'enterrement étaient déjà parties – tous, sans exception. Ton mentor était rentré au manoir et, ne te trouvant pas à l'heure du dîner, il hurla pour t'ordonner d'aller à table. Une des domestiques lui avait dit que personne ne t'avait vu rentrer et ce, depuis l'après midi.

Quand ton mentor t'a retrouvée, tu étais toute trempée et le froid avait calé jusqu'à tes os – tu tremblais et ton corps refusait de bouger : tu t'étais enrhumée, tu avais de la fièvre mais tu n'étais plus seule. Un chien abandonné, qui n'avait même pas un an, s'était faufilé dans la propriété et t'avait approché. Il s'était blotti contre toi, tentant de te réchauffer. Son pelage était tout emmêlé, il avait des dreadlocks et était plein de boue mais il te paraissait beau. Tu n'avais jamais eu des chiens, auparavant. Ton père ne voulait pas d'animaux dans le manoir. Nonobstant, cette fois-ci, ce fut différent : il te permit de le garder puisqu'il savait que tu avais besoin de soutien, d'un ami. Pendant qu'il s'occupait de toi, le personnel s'occupa de l'animal – à contrecœur, il faut dire. On le lava, on coupa ses poils et on le brossa. C'était un lévrier afghan, un chien très à la mode parmi les riches mais il n'avait pas de pedigree et était sûrement croisé avec un chien quelconque – c'est pourquoi on l'avait abandonné. Tu l'avais baptisé Aleksander en honneur à ta nourrice – son deuxième prénom était Aleksandra, mais, puisque c'était un mâle, tu avais pris la version masculine. Ton mentor finit par s'enticher de lui, vous voir dormir ensemble le faisait sourire mais ça, tu ne l'as jamais su ni vu par toi-même.  
*** Fin du flashback ***

Tant que tu fus en compagnie de cet animal, tu fus capable de tenir la promesse que tu avais fait à Solace : tu souriais autant que possible. Tu étais restée toi-même. On pensa que tu avais oublié ce qui s'était passé mais ce n'était pas tout à fait le cas... Tu avais seulement enfoui ces souvenirs au plus profond de ton être, là où tu rangeais les souvenirs qui t'étaient le plus chers. Et c'est encore le cas.
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