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 Gloomy memories : souvenir d'une journée orageuse. [solo]

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MessageSujet: Gloomy memories : souvenir d'une journée orageuse. [solo]   Mer 30 Sep - 11:26

Le jour que tu eus à faire ton premier cours au sein de l'académie, tu fis de ton mieux pour ne pas laisser paraître ton malaise. Tu n'étais pas vraiment habituée à parler en public, encore moins à enseigner. Tu avais, certes, été plutôt célèbre par la passé mais, tu n'avais pas à faire des discours sur scène. Non. Tu n'avais qu'à chanter et à te mouvoir. Ce n'était guère pareil car, ici, il te fallait apprendre à tes congénères, suivant un programme plus ou moins flexible. Le ciel était couvert, ce soir-là et l'orage ne tarda point à éclater. Le regard rivé à l'extérieur du bâtiment, où la pluie ruisselait sur les vitres : tu étais absente, mentalement parlant. Hm. Ce fut un jour comme celui que ton meilleur ami et tout premier animal de compagnie trépassa – je crois. Combien de temps faisait-il, désormais ? Plus d'un siècle, sûrement...
*** Flashback ***

À l'époque, des barreaux n'ornaient pas encore tes fenêtres, des épais rideaux sombres bloquaient les rayons du soleil afin que tu n'en sois point blessée et ce, dans toute cette aile du manoir que tu habitais. Tu avais essayé d'aller dehors, pour arroser les roses qu'on avait planté sur le sépulcre de ton seul ami : Aleksander, ton chien. Tu te souvenais bien de ce qui s'était passé mais tu refusais d'y penser : tu revoyais la scène sans cesse, dès que tu fermais les yeux. Il n'y avait pas de mots pour décrire ce que tu avais pu ressentir. On ne chercha point à te réconforter ni même, à étouffer tes sanglots. Raconte-le nous, pauvre rossignol.

Oseras-tu le faire ?
Oseras-tu t'en remémorer ?

Innocente et confiante, tu sommeillais. Confortablement blottie contre ton compagnon poilu, le visage posé contre la fourrure de son dos. Rien ni personne ne peut interrompre ton sommeil, pensait-on. Tu dormais toujours paisiblement quand ton ami était là mais le personnel, surtout le majordome en chef, se faisait grogner dessus dès qu'on osait t'approcher. Aleksander n'était pas idiot et ne manquait pas de montrer les crocs à ces asticots, ces ordures qui te craignaient autant qu'ils étaient choqués par ta présence : tu les dégouttais. Pour eux, tu étais la source de tous les maux qui s'abattaient sur la maison, tu étais un monstre monochrome au regard changeant. On te prenait toujours de haut quand on ne cherchait pas à t'ignorer : tu ne valais rien à leurs yeux et ton mentor prenait point ta défense. Nonobstant et hormis lui, personne ne détestait ce pauvre chien. Il était orgueilleux et agir comme une lopette quand Aleksander lui aboyait dessus ou lui grognait était quelque chose qui l'insupportait.

Il était tôt, ce jour-là.
L'aube ne pointait pas encore à l'horizon mais un son désagréable te réveilla – en sursaut : les oreillers à côté de toi étaient encore chauds mais la porte de ta chambre était ouverte. Un ciel orageux t'attendait dehors mais ce ne fut point le tonnerre qui te réveilla, non, mais des coups et des couinements. Aleksander grognait, tu savais qu'il allait mal, tu as été dans le hall du manoir et tu es restée bloquée face à ce glauque show : le majordome en chef traînait ton compagnon, blessé, attaché avec une corde, escaliers en bas. Il le jeta dans le rez-de-chaussée et lui assena un autre coup, tu aurais aimé crier pour lui dire d’arrêter, tu aurais aimé lui dire de le laisser mais aucun mot ne sortit de ta bouche, seulement des sanglots. Des grosses larmes coulaient sur tes joues pendant que tu voyais ton ami se faire battre sauvagement. Le regard vide, la gueule ouverte, ton compagnon gisait par terre. On l'avait battu à mort et on n'avait arrêté que lorsque son crane commença à saigner.

Afin de s'assurer qu'il n'allait pas s'en remettre, le majordome jeta le corps dehors et lui roula dessus avec la voiture de ton mentor. Il ignorait que tu étais là, que tu l'avais vu et entra en criant pour faire venir quelqu'un pour l'aider : ses boyaux étaient ressortis par son postérieur à cause de la pression qui avait été exercée sur son corps. Tu n'aurais pas dû regarder, tu aurais dû partir, mais tu l'adorais, ce chien. Tu l'aimais tellement que l'abandonner à cet instant-même aurait été inconcevable : mais tu n'avais non plus rien fait pour l'aider, malheureusement. La peur t'avait paralysée, tu étais restée bloquée sur place, les mains accrochées fermement sur les pans de ta robe.

Tu n'as rien mangé de toute la journée et, ce ne fut que le soir que l'homme qui se disait être ton père ainsi que ce maudit majordome vinrent dans tes appartements afin de te communiquer ce que tu savais déjà. Faussement, l'employé s'excusa auprès de toi, sous demande de ton mentor. Même si c'était un homme égoïste, le duc Die Rosenberg aimait les animaux. C'était la seule chose qui vous rapprochait. Tu as froncé les sourcils, laissant que tes prunelles virent au noir avant ce lancer sur le majordome tout ce qui t'était passé par la main : un de tes premiers tableaux, des oreillers, tes bottes, ton plateau repas, des robes, des costumes, des chapeaux, tes crayons et pinceaux ainsi que tes cahiers de dessin. Tu ne l'avais pas manqué et ce, malgré le haussement du ton de ton mentor, qui te criait d'arrêter. L'un de tes cahiers s'ouvrit en tombant par terre et montra ce que tu avais avais dessiné aujourd'hui : la macabre scène dont tu avais été témoin plus tôt, dans la journée. Tu avais écrit en lettres capitales les mots « assassin » et « menteur » un peu partout sur ces gribouillages. Tu as pleuré en silence, leur faisant signe de partir, tu ne voulais voir personne.

En détaillant tes dessins, on comprit que tu avais vu quelque chose de monstrueux. Le majordome pâlit et, pour la première fois dans ta vie, ton mentor fut de ton côté. Il se pencha pour récupérer les blocs de dessins puis les posa sur ta table de chevet avant de pousser son majordome hors de ta chambre. Cet homme reçut une correction exemplaire et fut envoyé en prison pour agression à son patron, violence animale, vol et négligence d'un contrat à long terme : en fouillant dans ses affaires, on avait trouvé des objets de valeur portant le blason des Die Rosenberg et qu'il avait l'intention de revendre, comme il avait toujours fait.

À quelques mètres du manoir, non loin de ton balcon, au pied du saule pleureur que tu aimais tant, ton mentor demanda à M. Lionel - un autre des majordomes - d'enterrer le chien et de planter un rosier bleu sur son sépulcre - pour de te faire plaisir. Il demanda à ce qu'une roseraie soit plantée en cercle, autour de la tombe de ton compagnon. Muette, comme à ton habitude, tu as observé ton père faire depuis ta fenêtre. Ce jour là, on n'entendit aucun oiseau chanter ; aucun corbeau ne braillait sur les aulnes, aucun moineau ou rouge-gorge ne gazouillait sur le laurier. Aucune corneille sur les ormes, pas même des colombes. Rien. Tu ne pouvais entendre que le vent siffler et le tonnerre écorcher les sombres nuages qui noyèrent votre hameau avec leurs chaudes larmes – ils semblaient t'imiter, compatissants.

Lorsque ton mentor leva la tête en ta direction, tu as tiré les rideaux et tu es retournée à ton alcôve. Tu n'étais pas la source des problèmes de cette famille et du personnel, comme on le voulait, non. ILS étaient, au contraire, la source de tous tes maux : ils ignoraient ta valeur. Le traumatisme t'avait fait tomber malade : tu avais la nausée, ta peau était froide mais tu avais les mains moites ; tu avais mal à la gorge et au cœur, tu peinais à respirer. Il te fallait beaucoup de repos.

Une tendre berceuse résonna dans ta chambre, te réconfortant.
C'était la voix de celle qui t'avait mise au monde et, encore une fois, sa chanson t'aida à dormir.

*** Fin du flashback ***

Esquissant un mince sourire, tu as chassé ces sinistres souvenirs, tu as repris ta leçon – même si tout le monde ne semblait pas s'y intéresser. Tu ne comptais pas te gêner ou t'offusquer si quelqu'un ne suivait pas ton cours. La vie t'avait dit qu'on ne pouvait ni apprendre ni aider ceux qui le refusaient. Ainsi, tu n'allais pas tendre la main si c'était pour qu'on la frappe. Néanmoins, on savait que si on avait besoin de quoi que ce soit, tu seras toujours prête à intervenir.
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